Matières à débat : la notion de matière dans la littérature médiévale

Matières à débat
Depuis le trouvère Jean Bodel qui vers 1200 différenciait les matières de
France, Rome et de Bretagne et dévalorisait la dernière, trop fantaisiste,
la matiere apparaît comme l'une des plus anciennes notions de critique
littéraire. Sa définition est cependant difficile, tant ses emplois sont
divers. À partir d'une interrogation sur l'articulation entre la matière
matérielle et la matière littéraire, d'une étude des valeurs de matiere
et de ses équivalents en latin tardif et médiéval, en particulier dans
les arts poétiques, et d'un sondage de ses équivalents dans d'autres
langues, dont l'anglais, le volume s'intéresse à l'ensemble de la
littérature médiévale française, des origines au XV<sup>e</sup> siècle. Les emplois de
matiere dans les romans, les chansons de gestes, les fabliaux, les textes
allégoriques et hagiographiques sont analysés, et la
diversité des poétiques d'auteurs et de genres est mise
en évidence. La tripartition de Jean Bodel est discutée,
ses enjeux mis en valeur : aussi partielle que partiale,
elle ne saurait suffire à donner un état des lieux non
seulement de la littérature médiévale, mais même
simplement des textes narratifs vers 1200. Renvoyer
son oeuvre à une matiere autoriserait finalement l'auteur
à ce geste risqué qu'est la création : affirmant travailler à partir d'une
matiere il ne saurait se prendre pour Dieu, qui crée ex nihilo : il peut donc
oeuvrer sans risquer le blasphème.