Ecrire en artistes des Goncourt à Proust

Dans les années 1880, l'écriture artiste marque un regain
d'intérêt pour les questions de langue ainsi que la volonté de
renouveau d'écrivains qui entendent se démarquer d'une
«littérature encore toute rhétoricienne» en créant leur vocabulaire
et leur syntaxe. On ne saurait la réduire au rôle symbolique
d'étendard dans la bataille littéraire qui oppose Goncourt à Zola.
Marqueur social, écran protecteur, elle dit le désir de distinction
d'une élite artiste qui multiplie les signes d'appartenance et rejette
«le langage omnibus » des journaux et de la littérature
commerciale. Disloquée, émiettée, hystérisée, elle porte la marque
d'un nervosisme douloureux qui apparaît alors emblématique d'une
sensibilité d'époque. Pendant deux décennies, elle va s'imposer,
suscitant de stimulantes réflexions chez Goncourt, Rosny,
Gourmont ; elle devait favoriser l'éclosion de formes nouvelles chez
Péladan ou Dujardin et Proust fut un peu son héritier. Objet de
nombreuses critiques, parfois même chez ses propres créateurs,
elle amena parfois à confondre l'artiste et l'esthète.