Entre ciel, mer et terres : l'île monastique de Lérins : Ve-XXe siècle

Fondé par Honorat au début du V<sup>e</sup> siècle, Lérins est l'un des tout premiers
monastères dont on ait trace pour l'Occident. Ce « désert-île » abrite
alors des ascètes qui s'orientent progressivement vers la vie commune.
Le succès de ce type d'expérience et de la spiritualité lérinienne fait
de l'île un haut lieu du monachisme, rayonnant, dans le haut Moyen Âge, en Gaule
et dans toute l'Europe. Malgré plusieurs interruptions, la vie monastique y renaît
sans cesse : à l'époque de Charlemagne, autour de l'an mil ou encore au XIX<sup>e</sup> siècle.
La vitalité du monastère se traduit à partir du XI<sup>e</sup> siècle, à la faveur de nombreuses
donations émanant de l'aristocratie féodale, par la constitution d'un important
patrimoine. Dès lors et jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, Lérins est étroitement
lié au continent, et plus particulièrement à la Provence où les moines possèdent
seigneuries, terres et églises. L'abbaye est parfois objet de convoitise pour les
puissants, tandis que, située sur une île à l'entrée du golfe Juan, elle occupe une place
stratégique dans les conflits méditerranéens.
Espace sacré, borné par plusieurs lieux de culte, l'île Saint-Honorat attire
la dévotion des fidèles et mobilise les pèlerins. Sa sécularisation à la Révolution et
le démantèlement du patrimoine abbatial au profit de particuliers font naître des
relations nouvelles avec le continent : c'est l'essor d'une curiosité pour un ensemble
architectural remarquable et, en corollaire, le développement de son attrait
touristique. En 1869, l'installation d'une communauté cistercienne marque le retour
du clergé régulier sur l'île.
En décryptant les textes anciens (ouvrages spirituels, Vies de saints lériniens,
archives) ainsi que les premières représentations iconographiques, en interprétant
le paysage monumental de l'île et ses vestiges récemment révélés par l'archéologie,
cet ouvrage retrace l'histoire de l'île Saint-Honorat de Lérins, dont la vocation
religieuse inscrite dans la longue durée constitue un cas exceptionnel dans l'histoire
du monachisme. Il analyse les multiples facettes de son influence dans la société
provençale et dans le monde occidental.