En Tunisie : récit de l'expédition française, voyage en Tunisie, histoire

(...) La politique de la France dans la question de Tunis n'a
jamais été inspirée que par un seul principe, et ce principe, qui suffit
à expliquer toute notre conduite depuis un demi-siècle envers la
Régence, c'est l'obligation absolue où nous sommes d'assurer la
sécurité de notre grande colonie algérienne.
(...) Depuis la bataille de l'Isly, en 1844, nous sommes
tranquilles du côté de l'ouest et du Maroc, où notre frontière est
protégée par le désert ; nous n'avons à y réprimer que quelques
désordres passagers. Mais, à l'est, du côté de Tunis, le désordre est
permanent, et voilà dix ans qu'il persiste malgré nos efforts.
(...) Ainsi le premier objet de notre expédition c'est la
pacification définitive de notre frontière de l'Est. Mais ce ne serait
rien d'y voir rétabli l'ordre et le calme si l'État qui nous est
limitrophe restait sans cesse hostile et menaçant. Nous ne pouvons
pas craindre une attaque sérieuse de la part du bey de Tunis tant
qu'il est réduit à ses propres forces ; mais la plus simple prudence
nous fait une loi de veiller aux obsessions dont il peut être entouré,
et qui, selon les circonstances, nous créeraient en Algérie de très
graves embarras dont le contre-coup porterait jusqu'en France.
(...) Et rien ne s'oppose à ce que nous fassions pour la Tunisie,
sans conquête et sans combats, ce que nous faisons dans notre
Algérie et ce que l'Angleterre fait dans l'Inde. C'est un devoir sacré
qu'une civilisation supérieure contracte envers des peuples moins
avancés.