En bicyclette à travers l'Engadine, la Valteline, le Tyrol, l'Italie du Nord : 2 août-23 août 1982

«Depuis longtemps, je caressais ce projet de voyage. J'avais si souvent
entendu célébrer l'Engadine et ses gorges sauvages, la Valteline et son
incomparable Stelvio, le Tyrol et ses vastes forêts suspendues aux
flancs des dolomites roses, que je n'avais pas de plus vif désir que de
courir à toutes pédales vers ces contrées. Tracer un itinéraire dans des
régions aussi peu fréquentées n'est pas une petite affaire. J'accumulais
les guides, les cartes, j'écrivis en Allemagne, en Italie, à quelques
personnes que je savais pouvoir me renseigner.
Ne partez jamais avec des compagnons trop faibles. La bonne humeur
est inséparable de la bonne santé. La fatigue rend les gens grognons.
Donc, choisissez des compagnons robustes et surtout philosophes.
Enfin ne partez pas sur n'importe quelle monture. Si vous êtes content
de votre machine, gardez-là. Je ne vois pas ce que serait devenu celui
d'entre nous dont la monture aurait subi une avarie grave en cours de
route, par exemple dans la Bernina ou à l'Ortler. Outre le danger d'une
chute, je me demande comment il serait revenu de ces régions, où le
chemin de fer est encore ignoré, avec un bagage aussi encombrant
qu'une bicyclette.»
En août 1892, cinq cyclistes français partaient pour un périple difficile
autour du massif alpin. Sans roue libre, sans dérailleur, sur de
vilaines pistes encombrées de diligences, ils parcouraient jusqu'à cent
kilomètres par jour ! Un récit de jouvence et de quoi inspirer la
modestie à ceux qui aujourd'hui «font», à vélo, disent-ils fièrement,
en un an - tout en oubliant le célèbre calcul d'Ératosthène - un tour
du monde de... 20 000 km...