Aménageurs et aménagés en Algérie : héritages des années Boumediene et Chadli

1991 - Année charnière pour l'Algérie. Elle n'est pas encore consciente d'entrer dans ses années
noires ; mais elle est consciente que les espoirs nés des réussites des années 1970 sous Boumediene
appartiennent définitivement au passé : depuis 1980, les décideurs décident peu, les développeurs
développent peu, les aménageurs aménagent peu, faute d'un volontarisme étatique suffisant... Mais, sur
le terrain, le relais a été pris par les «aménagés», par les populations. Celles-ci développent désormais,
face aux actions engagées après 1980, des stratégies propres très efficaces. Cet ouvrage a pour but de
découvrir leur extrême et riche variété, tant en ville qu'en milieu rural : refus passif ou frontal certes,
mais beaucoup plus souvent stratégie d'évitement, de détournement, d'adaptation, de récupération, de
ré-appropriation... Le texte regroupe l'ensemble des communications d'un colloque, organisé sur ce
thème, qui s'est tenu à Oran en décembre 1991. Il n'a pas été remanié, les coordinateurs s'interdisant
toute relecture à partir des évènements postérieurs. Par contre, une postface décrit les changements
intervenus depuis... c'est-à-dire peu, les grands choix politicoéconomiques n'ayant toujours pas été
tranchés. En ce sens, cet ouvrage reste d'une dramatique actualité.
45 communications de praticiens et d'universitaires dressent un sombre bilan, dont la non maîtrise
foncière, le renouveau des stratégies communautaires, le développement urbain anarchique, etc. Elles
sont encadrées par un rappel des grandes séquences de l'histoire algérienne depuis l'indépendance : les
années «glorieuses» de 1968 et surtout 1970, années de véritables politiques de développement
agricole, industriel, urbain ; puis le glissement des problèmes vers la sphère strictement politique :
pouvoir autoritaire, contesté par ses nouveaux et jeunes cadres aspirant à plus de démocratie ; pouvoir,
sous Chadli, cherchant à rééquilibrer la nouvelle donne sur l'aile conservatrice dont il ne semble pas
avoir mesuré la dimension religieuse ; pouvoir ensuite de plus en plus répressif envers le Front islamique
du Salut qui déviera au fur et à mesure du retour des «afghans» (Algériens ayant participé au djihad
anti-soviétique à la recherche d'autre djihad... ). Autant de séquences vécues par nombre d'États, de
l'Algérie au Pakistan, aux nuances régionales près. Les études de cas présentées dans ces actes
pourraient être largement délocalisées...
Les coordinateurs-auteurs de cet ouvrage sont tous trois universitaires en géographie. Ils ont
participé à l'expérience Boumediene dans la décennie 1970-1980, souvent même en tant qu'acteurs
directs, dans le Constantinois, sur le terrain. Tous trois encadrent des recherches en écoles doctorales et
publient de part et d'autre de la Méditerranée.