D'argile et de feu

« Durant des années, j'ai été un point de silence et d'immobilité. Mais ce point s'est mis en marche ce matin. Mes pieds commencent à inventer une ligne. C'est une ligne de fuite. »
Ainsi écrit Marie, jeune femme d'aujourd'hui, dans le cahier blanc. Elle y raconte sa déambulation, sa halte, l'adhérence des pieds sur le sol des chemins, sa rencontre par-delà les siècles avec l'autre Marie, Marie Prat la potière, qui savait transformer la terre dans ses mains et la cuire au feu. En ce 19<sup>ème</sup> siècle où la poterie était affaire d'hommes, elle inventait des pots et les signait avec insolence « fait par moi ».
Et c'est comme si la force vitale de Marie la potière consignée dans le cahier rouge, apprivoisait peu à peu Marie la narratrice hantée par un cauchemar d'incendie. Flamme de vie contre flammes de mort.