
«L'alcool veut le jour - dès l'aube, empoigner le jour.
Il y avait eu, naguère, l'astuce des repas hyperboliques :
le boire étreint, asphyxié par l'ouate épaisse des choses
qui se mangent, qui, par la même porte, entraient
et sortaient. Il y eut les cuites plurielles, lucifuges. Or Al
est singulier - et son secret, solaire. Écarts, excès
de l'ombre, rémittence transie, vergogne : cette langue,
Al et moi ne la parlons pas. C'est au coeur du soleil
que je veux me cacher.»
Al raconte une initiation esthétique et spirituelle par
l'alcool, un voyage intérieur et spatial. D'une petite ville
de la vallée de la Loire à Chicago, en passant par
la Provence, l'auteur invente la langue dans laquelle est
écrit ce livre. À la passion amoureuse, à celles de l'art,
de la musique, des fleurs ou des disciplines martiales
s'entremêle la fascination pour le vin «grave, dense,
hanté» des cérémonies de l'ivresse, qui conduira
au boire secret, à «cela qui pilonne, vandalise, éclate
le cerveau».
Parce qu'il révèle la révolte, l'insolence, la solitude et
l'humilité, l'alcool est le Maître qui enseigne à vivre
et à écrire. Al est «ce qui tue, abat, condamne et donne,
par là même, l'incandescent désir d'être transfiguré».