Impossible (L') : l'autre journal, n° 3

L'heure présente
Il fait nuit en plein jour.
Tous le voient.
Ils ne voient même que cela.
Ils voient l'obscurité, nous tous, nous ne voyons que cela, un immense nuage d'encre noir, répandu au-dessus de nos têtes, masse sinistre en expansion, nous débordant, envahissant l'entièreté du monde connu, le changeant, aussitôt ou à faible vitesse, en un monde étranger.
Là où, hier encore, ce matin à l'aube encore, nous vivions, un ciel noir inédit descend vers la terre que déjà nous n'habitons plus tout à fait.
Le désespoir désormais charrie vers nos rêveries diurnes les images des terreurs nocturnes, le désespoir désormais perturbe les pensées agiles, il brouille le peu de vue lointaine des personnes qui veillent, qui s'inquiètent, qui, simplement, demeurent là.
La faiblesse désormais envahit nos corps, nos pauvres pouvoirs, la faiblesse désormais nous étourdit presque, elle est une drogue nouvelle, l'espérance du calme, l'attente de la fin, nous tous, nous nous abandonnons.