Le verre : art & design, XIXe-XXIe siècles

À partir de sable et de cendres mêlés mais aussi d'un feu maîtrisé
- le diable n'est pas loin -, ils fabriquent de la lumière que
leur souffle modèle en objets précieux. Depuis la plus haute
Antiquité, les verriers sont vénérés comme de véritables alchimistes.
L'Ancien Régime ne s'y était pas trompé : alors que le peintre n'était
qu'un tâcheron assujetti à une corporation, le musicien un simple
domestique, l'homme de théâtre un bateleur excommunié, le verrier,
lui, était anobli avec privilèges accordés par le roi.
Au mitan du XIX<sup>e</sup> siècle, «l'énorme production moderne, l'obligation
de faire vite et à bon marché, ont donné lieu à un grand nombre de
produits industriels dans lesquels l'art fait trop souvent défaut». Et
c'est pourtant dans ce contexte que quelques créateurs vont tout à
coup faire d'un banal objet en verre «une oeuvre d'art à l'égal d'une
statue, d'un tableau ou d'un joyau».
On dit souvent d'Émile Gallé qu'il est l'homme par qui tout serait
arrivé, en quelques années, dans la France de la seconde moitié
du XIX<sup>e</sup> siècle, par qui le verre aurait dépassé sa seule qualité d'art
utilitaire. Il a certainement été le plus grand inventeur dans le domaine,
mais de nombreuses découvertes ou redécouvertes s'accumulaient
déjà depuis des années, des idées faisaient leur chemin et d'autres
préparaient la voie. Une révolution n'éclate pas par hasard. Il faut
des circonstances scientifiques et industrielles, des convergences
économiques et politiques internationales, qui permettent à un
créateur de s'épanouir à un instant donné, dans un certain domaine
précis, de surprendre le public et d'initier cette révolution qui emporte
tout sur son passage - avec le cortège habituel d'imitateurs. Émile
Gallé s'est trouvé au bon endroit, au bon moment, avec son génie,
porté par une certitude et un sens aigu de la communication.
D'autres ont pris le relais et, un siècle et demi plus tard, le monde vit
plus que jamais à l'âge du verre. Le matériau a acquis de nouvelles
lettres de noblesse, il n'est plus seulement accessoire, il est environnement
total, au point que la puissance de son industrie ferait oublier
qu'il est aussi un moyen d'expression artistique largement banalisé.