Les chemins creux : une enfance limousine

À la ferme de Germont, dans le pays d'Oc, c'est elle qui
mène le tracteur, laboure, sème, herse, bottelle, soigne
les bêtes. Mais sous le masque de la paysanne se cache
le poète. Les soirées dans l'âtre, les bruits éphémères
du quotidien, la Marraine, la grand-mère, la mère, les
cousins, une enfance où les sourires fondent, où les têtes
sont pleines à ras bord de mémoire, où l'on regarde tomber
les étoiles et la lune se baigner sans pudeur...
Un à un, Marcelle Delpastre égrène ses
souvenirs dans un parler paysan, vivant,
parfois musical, toujours poétique.
«Les contes que j'ai recueillis, on les racontait à la
maison, presque tous, souvent devant la cheminée, parfois
dehors dans les cours, par les chemins ou dans les
champs, en fanant, en râtelant, en sarclant, en cassant la
terre autour des plantes... Tout moment était bienvenu,
mais plus que tout autre la nuit... chacun se laissait
aller, au hasard, dodelinant de la tête. Mais la tête ne
dormait pas ; les yeux guère, que la flamme emportait,
en haut, en bas, entre lueur et cendre, entre braise et
fumée, de la suie aux ombres qui bougent sur les visages,
les murs, la nuit qui n'est pas seulement dehors.»