La formation de la classe ouvrière anglaise

En France, peu d'historiens ont joué un rôle politique
et intellectuel équivalent à celui qu'a tenu Edward Palmer
Thompson en Grande-Bretagne et, plus largement, dans le
monde. Peu de livres ont exercé une influence aussi profonde
sur l'écriture de l'histoire contemporaine que cette somme
publiée une première fois en anglais en 1963, traduite en
français vingt-cinq ans plus tard.
Ce livre foisonnant et engagé, d'une richesse exceptionnelle,
qui tente de tisser ensemble de multiples fils afin de restituer
l'expérience vécue par les contemporains de la «révolution
industrielle», demeure d'une extraordinaire actualité. Comme
l'écrit Thompson lui-même dans sa préface : «Certaines causes
perdues de la révolution industrielle peuvent nous éclairer
sur des plaies sociales encore ouvertes aujourd'hui.» En
reconstituant la vie des pauvres tisserands à bras, des artisans
«utopistes» et radicaux, des luddistes brisant les machines,
en s'efforçant de les «sauver de l'immense condescendance de
la postérité», Thompson a écrit un chapitre décisif de notre
passé. Près de cinquante ans après, la lecture de ce grand livre
peut encore nous aider à nous orienter face aux bouleversements
et aux incertitudes du présent.