Sous les piliers du wharf

Chloé la princesse des marées est une femme qui a enlevé son
voile. Elle se présente à nous nue, libre, émancipée et affranchie
quand elle passe sur l'avenue des Belles Filles. Sa nudité exquise
sculptée pour le charme fascine les hommes.
Jaillie de la nappe moirée de l'océan comme de la plume du
poète, Chloé est belle comme une sirène capiteuse. Elle sait aussi
prendre l'apparence d'une vague furieuse cognant les piliers du
wharf.
Étrangement par ailleurs, sous les piliers du wharf, monte un
lai chanté par une créature, un ondin certainement qui prend
parfois la forme d'un homme. Il se dit serviteur, venu servir dans
un pays de pirogues qui se meut au gré du déhanchement de
l'océan. Il est l'aède qui chante au nom du peuple, même s'il lui
arrive de fustiger ce même peuple, de le traiter de hibou qui,
comme un épiphyte, ne saura jamais apprécier le mystère et la
beauté de la lumière du soleil. Il veut par là simplement exprimer
son désir d'échapper au théâtre de la république des poèmes et de
vivre librement sous les piliers du wharf, devant la mer qu'il
traverse de ses yeux rivés sur l'horizon.