Les Gobelins au siècle des lumières : un âge d'or de la manufacture royale

Dirigée successivement par les architectes Jules-Robert de Cotte, Jean-Charles Garnier d'Isle,
Jacques-Germain Soufflot et le peintre Jean-Baptiste Marie Pierre, sous l'autorité de directeurs
généraux des Bâtiments du roi, tels que le duc d'Antin, le marquis de Marigny et le comte
d'Angiviller, la manufacture royale des Gobelins connaît au XVIII<sup>e</sup> siècle son apogée artistique
et technique - quarante suites différentes créées en cent ans. Les plus grands maîtres du temps
(Charles Coypel, Jean-Baptiste Oudry, Charles Natoire, François Boucher, Carle Vanloo, etc.),
du style rocaille au néoclassicisme, conçoivent pour les métiers les gigantesques modèles
nécessaires, puisant leur inspiration dans tous les domaines, profanes ou sacrés, historiques
ou mythologiques. Sous la conduite d'entrepreneurs d'exception, tel Jacques Neilson,
et accompagnant l'intérêt de l'époque pour les sciences et les techniques, le tissage des tapisseries
atteint un niveau de perfection qui suscite l'admiration sans réserve de Diderot lors des Salons.
Les élites européennes (souverains, ministres ambassadeurs...) sont enthousiasmées par ces
oeuvres, objets de cadeaux qui vont orner les murs des grandes demeures, grâce à l'intervention
d'architectes inventifs, tel l'Écossais Robert Adam.
Cet ouvrage, la première synthèse jamais écrite sur le sujet, traite de l'ensemble des tentures
produites à cette époque. Son iconographie reproduit en couleur - le plus souvent pour la
première fois - un ensemble de tapisseries sélectionnées pour leur état de fraîcheur exceptionnel :
pièces de L'Ancien Testament d'Antoine Coypel, du Nouveau Testament de Jean Jouvenet et
Jean Restout, de la fameuse Histoire de Don Quichotte et de L'Iliade de Charles Coypel,
de L'Histoire d'Esther de Jean-François de Troy, de L'Ambassade turque de Charles Parrocel,
des Chasses de Louis XV de Jean-Baptiste Oudry, de L'Histoire de Thésée de Charles Vanloo ou des
Amours des dieux de François Boucher. Un ensemble de modèles peints décoratifs ou d'esquisses,
dont plusieurs cartons d'alentour spectaculaires du peintre de fleurs Maurice Jacques
photographiés après la restauration accomplie grâce à un mécénat de la Fondation BNP Paribas,
des sièges couverts en tapisserie, des tableaux faits sur métier et des planches gravées des ateliers
viennent compléter cette évocation des Gobelins au temps des philosophes.