L'exorcisme des possédés dans l'Eglise d'Occident : Xe-XIVe siècle

L'exorcisme, attesté depuis les premiers temps de l'Église, est une pratique
mal connue. Le soupçon qui l'entoure a pu être entretenu par son objet :
mettre en fuite le démon amène inévitablement à nommer celui-ci, à le
reconnaître, à lui donner la parole. L'arme de l'exorcisme, destinée à repousser
le diable en l'expulsant du corps des possédés, offre toujours à ce maître du
mensonge quelques moments de puissance et de gloire.
Comment, entre le X<sup>e</sup> et le XIV<sup>e</sup> siècle dans tout l'Occident chrétien, a-t-on
perçu, analysé et représenté cette lutte contre un fauteur de désordre qui, à la
faveur de la possession, met en danger l'équilibre des individus et trouble en
même temps la société tout entière ? La liturgie, l'hagiographie, la prédication,
l'iconographie, le droit canon ou les correspondances de clercs font apparaître
un discours ecclésiastique destiné à mettre en scène le processus par lequel
l'Église retrouve inévitablement son unité en dépit des efforts du Malin.
Manifestation singulière du pouvoir des mots, l'exorcisme offre aussi de
nouvelles clés de lecture à propos d'autres usages de la parole caractéristiques
des pratiques sociales à partir du XIII<sup>e</sup> siècle comme la prédication, la confession
et l'Inquisition.