Cycle de Richard de Clairbois. Vol. 2. Les glaives irrités

Après avoir assemblé, avec l'agrément d'un roi sans relief, une armée dévouée
à sa personne, Jeanne Darc a vaincu les Bourguignons et les Anglais acharnés
à la possession du royaume de France. Orléans, Jargeau, Meung, Beaugency, Patay
ont été vidés de leurs occupants étrangers.
Le grand souci de la Pucelle est désormais le sacre du suzerain, à Reims, et sire
Charles ne cesse d'atermoyer, irritant ainsi les zélateurs de la Vierge de Domremy et
particulièrement trois d'entre eux : Richard de Clairbois, Raoul, son frère, et un
archer industrieux : Aristide. Tandis que celui-ci gardait les chevaux, ses compagnons
bataillaient auprès de la Pucelle.
Le couronnement de Reims confirme l'apathie d'un roi si peu anxieux du sort de
son pays qu'il en dissout l'armée (21 septembre 1429), privant ainsi Jeanne, ses
officiers et leurs subalternes d'une continuité de victoires.
Une petite compagnie de combattants demeure auprès de la Pucelle. Les trois amis
en font partie. Leur égérie ne recouvrera son commandement qu'en mars 1430.
Or, l'engouement des guerriers, leur courage, leur abnégation et leur confiance ne
sont plus aussi admirables que naguère. Pour augmenter la garnison de Compiègne
convoitée par le duc de Bourgogne, Jeanne s'y rend et ne médite que peu de temps
sur la façon de desserrer l'étreinte des forces anglo-bourguignonnes très supérieures
à celles dont elle dispose.
- Aux armes !
Le mardi 23 mai, dans la soirée, elle ordonne une attaque désavouée par ses amis
qui pourtant l'accompagnent. Un repli est promptement nécessaire. La panique
devient telle que Guillaume de Flavy manoeuvre en hâte le pont-levis de la cité dont
il est comptable. Le tablier se lève. Jeanne s'en approche. Il se lève encore pour laisser
passer des fuyards. Il se lève définitivement alors que la Pucelle s'y précipitait.
Elle gît à terre, auprès de son cheval, entourée d'une meute de soudards
bourguignons qui se rient de sa malaventure...