Confessions. Avez-vous lu Bouchard ?

Entre le Paris de Richelieu et la Rome des Barberini vécut brièvement un petit
homme noiraud, ami des plus grands esprits du temps, épicurien résolu, épigraphiste
remarquable et serviteur d'une Église dont il chercha longtemps à obtenir
de quoi vivre.
Esprit curieux, voyageur infatigable, il traversa l'Italie, rendit visite à Galilée,
correspondit avec l'érudit Nicolas Peiresc, se chargea d'éprouver la vérité des
«miracles» dont les provinces transalpines étaient, déjà, prodigues.
Seul, dans le secret de son cabinet, il écrivait, serrant précieusement ses papiers
dans des endroits sûrs.
Il déplut à un grand seigneur, et paya ce désagrément de sa vie.
Les premiers à lire ce qu'il avait écrit, et leur léguait posément, en furent horrifiés :
c'était « la chose la plus honteuse et la plus infâme que l'on se puisse imaginer »
et, dira un lecteur ultérieur, « un amas de raffinements d'obscénités ».
Un silence définitif s'abattit sur l'infamie. Il fallut un hasard pour que paraisse,
deux siècles plus tard, et de façon quasi clandestine, l'un des récits les plus
scandaleux et sans doute les plus libres qu'a connus la littérature française.