Archives de sciences sociales des religions, n° 165. Les capitales catholiques : faire la ville, l'action catholique, politique et pouvoir

Dans les pays les plus catholiques, les capitales comme
Bruxelles, Paris, Port-au-Prince, Québec ou Rome
ont cristallisé l'opposition traditionnelle entre les
métropoles, lieux de perdition morale, et les villages,
lieux de préservation de la foi ancestrale. Quelles
stratégies de reconquête urbaine les catholiques ont-ils
déployées depuis au moins deux siècles, conscients
que l'avenir se joue aussi au centre ? Quelles lectures
du monde urbain et quels imaginaires des villes ont-ils
proposés ?
Dans ce dossier thématique, des spécialistes de différentes
disciplines montrent que les mouvements
catholiques ont engendré des dynamiques propres où
la capitale s'est imposée comme «terre de mission»
et objet de «croisades» pastorales à travers la popularisation
de lieux de culte et l'inscription de signes
visibles dans l'espace et le temps des villes.
Il s'agissait surtout de sauvegarder une communauté
catholique bouleversée par les transformations
rapides des sociétés occidentales aux XIX<sup>e</sup> et
XX<sup>e</sup> siècles. Les étapes de la vie (naissance, initiation
religieuse, mariage, mort) et les sphères de la société
(mouvement de jeunesse, relations amicales et conjugales,
loisirs, transmission des valeurs) ont été balisées
à un moment où le maillage géographique et
social s'est éloigné de la paroisse. Mais la reconquête
de l'espace public par des tentatives de représentation
politique s'est heurtée à la privatisation croissante de
la croyance.