L'avant-garde russe face à la terreur de l'histoire : historiosophie et historiographie chez Velimir Khlebnikov et Pavel Filonov

La « terreur de l'histoire », c'est ce sentiment qui, selon Mircea Eliade, aurait poussé les sociétés archaïques à rejeter l'histoire comme conscience de l'irréversibilité du temps et à vouloir « remplacer » celle-ci par la répétition de rites régénérateurs permettant de faire de la vie un perpétuel recommencement. Crainte de la perte, crainte du changement : a priori, rien à voir avec l'attitude des avant-gardes des années 1910 et 1920, celles, surtout, que l'on disait « futuristes », et qui ne pouvaient donc qu'accueillir l'avenir à bras ouverts. Pourtant, cet ouvrage s'efforce de démontrer que c'est précisément une telle « terreur » de l'histoire, synonyme de la mort qui emporte tout, qui fut l'un des principaux moteurs de l'activité créatrice des artistes de l'avant-garde russe. S'attardant tout particulièrement à l'oeuvre du poète Velimir Khlebnikov (1885-1922) et à celle du peintre Pavel Filonov (1883-1941), toutes deux traversées par l'idée de formule , il explore l'idée, chère aux deux artistes, d'un art capable de maîtriser le destin et le passage du temps.