Mâh t'u : le vrai classique du chat parfait. Vol. 1

La longévité d'un chat est inférieure à celle de l'homme, supérieure à
celle de l'insecte, pourtant peu d'entre eux parviennent à cet âge. Leur
vie est donc fugitive ; elle se hâte vers sa fin. C'est pourquoi ils ne
résistent pas à leurs penchants naturels : dormir, s'étirer, se lustrer le
poil, se frotter, courir, bondir, dormir encore. Ils ont pour eux
la beauté des chattes - et pour les chattes celle des chats - le
chatoiement du chemin dans la plaine, l'affût dans les foins, le repos
sur le tertre, et des contemplations derrière la fenêtre. Dormir est ce qui
leur plaît, l'insomnie ne les connaît pas. Ces plaisirs durent ce qu'ils
veulent et se répètent autant de fois qu'ils le peuvent. Ils ne s'en lassent
pas. Ils n'ont d'autre devoir que de se nourrir ; ce n'est déjà pas
si mal. Ils ne connaissent pas la gloire et tous les maux des humains ;
la renommée creuse les ignore. Ils ne se lèvent pas non plus comme
nous autres, chaque matin, pressés d'accroître encore notre petit capital.
Ils font même museau au soleil et à la pluie, à la faim comme à
l'abondance. Ainsi ils ne se dérobent pas à l'instant, ni ne s'élancent
vers l'avenir ; ils considèrent ce qui est. Ils ne sont pas au-delà. Quant
au lendemain, au hasard, à la crainte et à l'espérance, ils s'en
jouent comme de leur première pelote. Et quand leur fin est là : miaô !