L'homme narcissique : Freud, Sartre, Edelman

Bien que le narcissisme chez Freud soit surtout
la manifestation d'une libido dirigée ou retournée
sur le corps propre, voire sur le moi concret,
il arrive qu'il définisse le comportement narcissique
en termes descriptifs, et pour ainsi dire
phénoménologiques, comme recherche impérative
de "l'estime de soi". Cette ambiguïté n'est pas
levée par les postfreudiens, car, du fait de leur
fidélité à l'approche positiviste de la deuxième
topique freudienne qui situe le Moi comme passivité,
ils ne démêlent pas le "soi" et la valorisation
à laquelle il aspire. En revanche, Sartre a le mérite
de clarifier le débat, dans la mesure où il considère
l'homme comme animé par une indéfectible
et en même temps inaccessible aspiration
à "l'ipséité". Ce narcissisme ou, si l'on préfère,
cet anthropomorphisme suscita de nombreuse
critiques. Celles-ci sont néanmoins souvent, trop
radicales, si l'on se rappelle que la démarche sartrienne,
en se développant, insiste de plus en plus
sur l'ancrage interpersonnel et socio-culturel des
existences individuelles. Reste néanmoins en suspens
un aspect crucial qui n'est envisagé que de
manière tangentielle : la dimension biologique de
l'exister humain. Cela méritait une confrontation
explicite avec l'homme somatique et, en particulier,
"neuronal" des scientifiques.