L'ange du bizarre : le romantisme noir de Goya à Max Ernst

«Croyez-vous aux fantômes ? - Non, mais j'en ai peur.» Ainsi répondait Madame Du Deffand
à son ami Horace Walpole, auteur du premier roman noir, Le Château d'Otrante. Ce mot d'esprit
si «libertin», où l'incroyance se mêle à la superstition, l'effroi au plaisir, la distance ironique
à la libération des sens, peut être le sésame permettant de saisir toute la complexité du romantisme
noir. Loin de se résumer en un simple mouvement de réaction irrationnelle aux Lumières, il se
révèle en être l'enfant terrible, poussant à l'extrême une liberté nouvellement acquise, bousculant
les conventions du XVIII<sup>e</sup> siècle. Qu'il agisse sur le mode de la cruauté grotesque, du sublime
terrifiant ou de «l'inquiétante étrangeté», le romantisme noir est avant tout un mouvement qui
aime semer le doute, donne corps à l'impensable, exige la perte de contrôle de la raison et la prise
de pouvoir par l'imaginaire. À travers les oeuvres de Goya, Friedrich, Füssli, Delacroix, Hugo,
Redon, Stuck, Munch, Klee, Ernst, Dalí..., on mesure mieux la fécondité de ce mouvement dans
l'art occidental et son ombre portée sur tout le XIX<sup>e</sup> siècle, jusqu'au surréalisme et au cinéma
du XX<sup>e</sup> siècle.