La ville comme paysage du sentiment : le sentiment urbain à Buenos Aires aux XIXe et XXe siècles

Cet ouvrage propose de caractériser la Stimmung particulière que teint l'espace
urbain et suburbain de Buenos Aires aux XIX<sup>e</sup> et XX<sup>e</sup> siècles. Il part de l'hypothèse que la
ville en tant qu'espace vécu, donc chargée d'émotions, éveille des sentiments. L'objectif
est, donc, de donner un regard aiguisé sur l'effet sensible de la forme urbaine, c'est-à-dire
en tant qu'éveilleur d'une Stimmung particulière. Pour dénoter l'ensemble de sentiments
éveillés par un lieu, nous proposons la notion de Stimmungslandschaft (sentiment du
paysage) qui nous renvoie à l'esthétique psychologique allemande du début du XX<sup>e</sup> siècle.
Sur la base de mes souvenirs d'enfance et des représentations de l'espace urbain
de Buenos Aires, la ville est analysée en tant qu'espace vécu. Elle est lue à travers de
nombreuses sources - architecture, littérature, peinture, photographie, gravure,
cinématographie, musique, etc. - dans un contexte historique. Le sentiment que ces
représentations produisent permet de saisir non seulement la manière dont la ville était
perçue, mais aussi l'effet qu'elle produisait. Il sera ainsi observé et analysé sous trois
angles : in situ (l'espace physique) ; in sensu (les représentations de l'espace) et in actu
(l'expérience spatiale). Les oeuvres et textes des artistes de la taille de Borges, Berni,
Coppola, Stern, Acosta, Le Corbusier et Thays, entre autres, ont été analysés.
Au cours de cette étude, il a été possible de constater la force des aspects sensibles
de la forme urbaine. La Stimmung qu'éveillent les espaces urbains rend compte non
seulement du vécu personnel, mais aussi du rapport changeant entre l'homme et
l'environnement. De plus, un sentiment donné peut rester fortement ancré au-delà de
son époque d'origine. Par conséquent, cet ouvrage attire l'attention sur l'intégration des
aspects sensibles de la forme dans la conception architecturale et paysagère.