La réception de la théorie de l'évolution dans la théologie catholique du XXe siècle

Le Magistère catholique a accueilli la théorie de l'évolution et a reconnu sa
valeur. L'encyclique Humani Generis de Pie XII en constitue le moment-clé.
Mais le Magistère ne va pas loin. Il refuse de sacrifier les points forts de
l'anthropologie chrétienne traditionnelle sur l'autel de l'évolution. Il insiste
sur la création directe de l'âme humaine par Dieu. Quelques théologiens
catholiques, dont G. Martelet, J.-M. Maldamé et J. Arnould, voient la nécessité
d'articuler le discours théologique et les acquis de la théorie scientifique de
l'évolution, où la conceptualité de l'émergence est dominante. Cette démarche
repose sur l'idée que si Dieu est unique, la vérité de sa révélation ne saurait
s'opposer à la vérité manifestée par le cosmos.
Ce livre cerne les prises de position du Magistère, de Pie XII à Jean-Paul II.
Il explore les apports des trois théologiens dans le travail d'approfondissement
de la théologie de la création. Il se demande dans quelle mesure leurs
réflexions théologiques permettent de préciser la position du Magistère sur la
question des origines de l'humanité. Comment rendent-elles raison à la thèse
que l'inscription de l'humanité dans le grand arbre des vivants ne s'oppose
pas à la reconnaissance de la spécificité de l'humain ? Dans quelle mesure
permettent-elles de mieux comprendre l'action créatrice de Dieu dans le
cours de l'histoire de l'univers et de la vie, et de rendre raison de l'espérance
chrétienne ? Les acquis scientifiques contribuent au progrès de la connaissance
de l'univers et de l'homme. Il en va de la compréhension de l'action de Dieu
dans le monde. Celle-ci cesse de se penser à partir des schèmes mécaniques
où le Créateur apparaît comme un ingénieur cosmique ; elle se dit en termes
d'accompagnement des possibles inscrits dans l'intime de l'être. Dieu
accompagne le devenir universel.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que la Bible s'intéresse moins au
début historique de l'humain qu'à son origine. Pour la Bible, être humain,
c'est répondre à l'appel de Dieu et à l'appel de l'humanité en termes de
responsabilité. C'est cela, être homme.