Cultures urbaines et sportives alternatives : socio-anthropologie de l'urbanité ludique

Les activités sportives qui s'inscrivent de manière légale et/ou illégale dans
les espaces urbains centraux et périphériques soulèvent des interrogations qui
ne sont pas nouvelles. Les différentes institutions urbaines regroupent alors
l'éventail de ces pratiques dans un même groupe homogène, les «sports
urbains». Cette homogénéité culturelle n'est pas sans soulever quelques
problèmes d'ordre identitaire notamment. Elles sont foison et plurielles, visibles
ou invisibles, ne jouent pas de la même manière avec les règles mais font toutes
parties de notre environnement urbain. Les politiques urbaines et sportives se
succèdent mais n'offrent que peu de solutions convenables pour garantir un
vivre-ensemble entre pratiquants, citadins, décideurs locaux, etc. Des tensions
résultent de ces usages alternatifs et vertigineux de l'espace public (au sens où
J. Habermas le définit) et des espaces de la ville (rue, jardin, trottoir, jardin
public, place publique, immeuble, toit, parking, etc.).
Les problématiques inhérentes aux «sports urbains» sont donc
nombreuses : politiques, sociales, culturelles et sécuritaires entre autres. En
combinant les acquis de la sociologie urbaine et de la sociologie du sport, nous
avons porté notre attention sur quatre pratiques urbaines à la fois légales et
illégales : spéléologie urbaine, parkour, street-golf et base-jump urbain. De ce
fait, la (re)qualification sociologique de la ville et de son espace sociétal peut
être analysée de deux manières. La compréhension fine des projets individuels
et collectifs (en termes d'organisation), d'une part, puis l'analyse des logiques
internes aux communautés pratiquantes, d'autre part, conduisent ces citadins et
néo-sportifs à créer une urbanité ludique caractéristique de notre société
contemporaine.
Nous pouvons alors nous demander quels sens revêtent ces différentes
utilisations de l'espace urbain. Comment qualifier ces «appropriations» de
l'espace ? Quels sont les acteurs qui participent à la mise en scène de la ville
contemporaine et au détournement des usages quotidiens ? Comment sont
régulées ces pratiques ?