La vendetta et la littérature : le cas des frères Soga dans le Japon pré-moderne

Comme dans d'autres cultures traditionnelles, la vendetta fut, dans le Japon ancien, à la fois réprimée par les autorités et valorisée dans la sensibilité collective.
L'auteur, après avoir retracé cet arrière-plan historique, suit pas à pas l'histoire exemplaire des deux jeunes frères Soga qui, en 1193, tuèrent l'assassin de leur père, vengeance à laquelle ils se préparaient depuis leur enfance. L'un mourut au combat, l'autre fut condamné à mort et exécuté.
Vénérés comme des héros jusqu'à l'époque moderne, les frères Soga ont donné lieu à divers cultes dont les spécificités sont ici décrites. Leur histoire a surtout nourri une très abondante littérature : légendes édifiantes diffusées oralement par des moines prédicateurs ou par des conteuses chamanes, récits épiques ou dramatiques, et enfin, oeuvres destinées à la scène. Ce furent d'abord le drame dansé kôwaka , puis le nô ; avec l'essor de la civilisation urbaine au XVII<sup>e</sup> siècle, l'histoire des Soga fit fortune au kabuki , et connut alors incessants remaniements, additions mélodramatiques, distorsions extravagantes. Bientôt, Soga et kabuki deviennent presque synonymes ; aussi l'étude du « répertoire Soga » permet-elle de projeter une lumière sur de nombreuses particularités de cette forme théâtrale.
Histoire sociale, histoire religieuse, histoire de la scène s'entrecroisent ici, à travers l'analyse de textes abondants et divers aussi bien que d'observations ethnologiques.
Sous une forme alerte, débarrassée de toute pesanteur érudite, Douglas E. Mills, professeur émérite à l'Université de Cambridge (Grande-Bretagne), livre ici tout le fruit de ses longues recherches sur la culture et la littérature japonaises.