L'instemps : inexacte incertitude

Brancusi et Modigliani avaient déniché un bloc de pierre blanche sur un chantier de construction et l'avaient volé comme des enfants dans le caddie d'un supermarché voisin, courant à travers les rues aux nez des passants. A coups de ciseaux, ils en extirpèrent les corps d'un homme et d'une femme tendrement mélangés, les jambes tressées, un homme, une femme, étrangement étrangers. Valentin qui traînait ce jour-là dans l'atelier s'approcha de Brancusi et tirant sur son pantalon lui demanda du haut de ses six ans :
- Comment tu savais qu'il y avait des gens dans le gros caillou ?
- Ah çà, répondit Brancusi, c'est le métier petit ! Tu vois quand Modi et moi avons trouvé ce caillou, on a vu tout de suite qu'il avait une âme.
- C'est quoi une âme ? Interrogea l'enfant.
- Une âme c'est la vie, lui répondit tendrement Modi, c'est quelque chose qui habite dans notre coeur et qui donne l'amour.
- Alors tu as mis ta main sur la pierre et tu as senti battre son coeur ? reprit l'enfant.
- Oui, c'est un peu ça, confirma Brancusi, un large sourire aux yeux.
- Mais moi je peux voir aussi les cailloux qui ont un coeur, chuchota Valentin qui traversait déjà l'atelier pour expérimenter ça découverte dans le jardin.