La Généalogie fantastique de Gérard de Nerval : transcription et commentaire du manuscrit autographe

Le fonds Spoelberch de Lovenjoul de la Bibliothèque de l'Institut de France conserve,
de la main de Gérard de Nerval, un document extraordinaire, que l'on a appelé Généalogie
fantastique, ou même délirante, et que l'on pourrait mieux qualifier de rêveuse, au
sens où dans le cadre essentiellement intime d'un feuillet destiné à un usage personnel,
donc libre de toute censure, la rêverie opère un véritable travail psychique sur soi, en
vue de métamorphoser des origines reconnues authentiques, mais vécues comme frappées
d'inconsistance.
Contemporaine de la crise de délire de février-mars 1841, la Généalogie témoigne de
l'angoisse de Nerval à l'égard de ses origines, structurellement liée, bien sûr, à l'histoire
familiale, mort de sa mère en 1810 en lointaine Silésie, rapports conflictuels avec le
Docteur Labrunie, mais conjoncturellement aggravée par les événements de l'hiver
1839 à Vienne, puis de décembre 1840 à Bruxelles. De retour de Bruxelles, alors qu'il
vient d'achever son travail sur le second Faust de Goethe, Nerval va entreprendre lui
aussi sa descente chez les Mères, dans une enquête sur son propre nom : «Qui osera
nommer l'enfant de son nom véritable ?»
Au coeur le la page sillonnée de traits plus ou moins appuyés délimitant les secteurs de
l'enquête, mais reliant aussi les différentes sections entre elles, comme une tentative de
retrouver au-delà du multiple et du proliférant l'unité perdue du moi, l'arbre se dresse,
grossièrement griffonné. C'est autour de lui que Nerval va opérer la métamorphose
identitaire de sa double ascendance, par la déconstruction des origines réelles pour
jeter les bases des origines mythiques. Nous tentons ici de suivre sa main remplissant
progressivement le double feuillet, pour en comprendre le fonctionnement.