Depuis le jour où elle n'eut plus la parole

On était tout au début de ce qu'on appellera plus tard les golden
sixties. Lorsque Marie-Sophie, 49 ans, fut victime d'un AVC qui allait la
laisser paralysée du côté droit et privée de l'usage de la parole, elle allait
être confrontée à la fois au handicap physique et à la transformation
accélérée de tous les principes moraux et sociaux qui avaient orienté
sa vie jusque-là. Son fils aîné, alors âgé de vingt-trois ans, entretenait
avec elle des relations privilégiées, faites d'affection, de connivences
et de complicités, ce qui n'excluait nullement le conflit des générations.
Avec ce fils aîné, pendant trente-trois ans, Marie-Sophie, épouse et
mère de famille nombreuse, attentive à l'éducation de ses enfants
et à l'harmonie du foyer conjugal, enfermée dans le carcan de son
hémiplégie et de son aphasie, mais ayant gardé toute sa lucidité et son
sens du discernement, a porté toute sa réflexion sur le sens de son
handicap, de tous les handicaps et sur la manière la plus adéquate de
donner sens à la vie. Les réflexions imaginées de celle qui fut réduite
au silence font l'objet de cet ouvrage.