Propriété et société rurale en Europe : les doctrines à l'épreuve de l'histoire sociale française (années 1780-1920)

C'est à Paris que bat le pouls de l'Europe lors de la Révolution française : la
France constituerait-elle un puissant tremplin pour la doctrine libérale venue de
Grande-Bretagne où elle s'est tissée d'individualisme foncier ? C'est à Trèves que
naît Karl Marx, théoricien de la doctrine socialiste, et philosophe du matérialisme
historique ; la critique de la propriété privée y est omniprésente. C'est du
Vatican que souffle la pensée thomiste de Léon XIII, venue réactualiser la doctrine
de l'Église catholique ; la propriété familiale en guide l'ardeur. Trois doctrines
mises au service d'une actualité ouverte à tous les changements. Et toutes trois,
chacune à sa façon, traitent de la «propriété», clé de voûte de la société rurale
postrévolutionnaire.
À la rencontre de l'histoire, et à l'épreuve des faits de terrain, la pensée européenne
prend ici tout son relief, en une synthèse qui s'inscrit dans la riche historiographie
française, pour englober des pans entiers de l'histoire économique,
sociale, politique contemporaine. L'ouvrage fournit une grille de lecture pour
scander les étapes de la longue marche des paysans ; l'accent est mis sur l'itinéraire
français.
Condamnés à disparaître ou gratifiés de nombreuses qualités, que sont devenus
les propriétaires en France, quel rôle ont-ils joué dans les évolutions complexes
d'une modernité venue buter, au terme d'un long galop libéral, sur la
panique financière de 1929 ?
Ici sont mises en valeur les actions des populations elles-mêmes, dans leurs
familles, leurs communautés villageoises ; les attentes qu'elles placent en l'État,
chargé de l'équilibre des intérêts en jeu ; et les solutions qu'elles cherchent à
leurs problèmes économiques dans la défense associative, qu'elle soit syndicale,
coopérative, mutualiste. Autant d'efforts, inlassablement renouvelés, qui ont
permis aux petits propriétaires français, non pas de pavoiser, mais de résister.
Leur enracinement a freiné le calcul spéculatif des investisseurs et a inspiré des
programmes politiques. À tel point que la propriété familiale, dite aussi «propriété
paysanne» ou «petite exploitation rurale», fournit à l'«exception française»
l'un de ses ancrages les plus solides... du moins jusqu'à la seconde guerre
mondiale !