La France, l'Allemagne et l'Europe : perspectives. Vol. 2. Quel avenir ? Relations franco-allemandes et PESD

Alors que, depuis l'automne 2002, le «vieux» moteur franco-allemand
semble avoir impulsé une nouvelle dynamique politique européenne, sa
légitimité est largement remise en question par les autres États membres,
de plus en plus critiques à l'égard du bilatéralisme franco-allemand,
notamment en matière de politique étrangère et de sécurité. De fait,
l'Union européenne des 25 se trouve devant un dilemme, tout comme
l'Allemagne et la France : alors qu'une mésentente entre Paris et Berlin peut
bloquer toute évolution de l'Union, les autres États membres opposent
néanmoins une vive résistance lorsque les deux pays affichent leur accord
sur la politique européenne et font valoir leur poids démographique.
Ceci peut être un obstacle sérieux à l'intégration et une menace véritable
et durable pour le dégagement d'une majorité autour de la France et de
l'Allemagne. La position adoptée par ces deux pays dans la crise irakienne
et leurs initiatives communes pour façonner aussi bien la politique
étrangère et de sécurité commune (PESC) que la politique européenne
de sécurité et de défense (PESD) ont mis en lumière ces contradictions.
Aussi la pérennité du leadership franco-allemand et le dégagement d'une
majorité autour de celui-ci impliquent-ils que Paris et Berlin fondent la
PESD sur une base trilatérale permanente associant Londres. Le succès de
cette trilatéralisation de la coopération dépend en grande partie de l'existence
de relations constructives avec Washington. La majorité des pays
membres de l'Union (et en particulier les autres grands États) n'accepteront
et ne légitimeront le développement de la PESD que si celle-ci s'appuie
sur un compromis entre l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni.