La guerre du Péloponnèse

Imaginons ne rien savoir de
l'Antiquité. N'envisageons la lecture de
Thucydide qu'en curieux, pour le plaisir. Etonnons-nous
d'abord que ce soit possible, que cela reste
possible mieux que pour d'autres textes moins lointains, et
encore sans appareils surnuméraires ou autres béquilles d'appoint.
* L'histoire de Thucydide touche alors aussi bien, le lecteur qui
voudrait partir en "terre inconnue", cheminer par un "exotisme familier"
et faire l'aventure d'un texte unique, que l'amateur de livres d'Histoire plus
strictement. * Mais bientôt la lecture nous emporte plus loin et bientôt nous
voilà abouchés à une somme qui délivre une philosophie politique pour laquelle
on ne se savait pas d'emblée friand, comme une psychologie du pouvoir dont la
finesse révèle la toile de l'histoire, qu'incarnent des hommes qui parlent et
agissent pour ainsi dire "devant nos yeux", dont Thucydide, dans le laboratoire
qu'est son Histoire, a l'art de décortiquer le "comment ça marche". * Un plaisir
singulier et quelque peu illicite nous parcourt alors tant Thucydide nous procure
les moyens de redécouvrir notre époque dans son épaisseur, son grain et ses
fumées. Car au delà des évènements, c'est de l'Homme qu'il est dit, dans sa
profondeur. Et c'est justement ce fond, qui est en quelque sorte mis à jour,
si ce n'est pas seulement l'ambition de l'écrivain. * En effet, la Guerre du
Péloponèse est une formidable "boîte à outils", comme son auteur
concevait lui-même son travail avec un brin de hauteur, pour
servir à la compréhension de la "machine politique", du
monde des hommes tel qu'il est. C'est à partir de cette
donnée que, plus tard, Machiavel, fera un saut et
rajoutera, tel qu'il faut l'entreprendre
avec le mieux d'efficace.