La jeune fille et la mort : misogynie ascétique et représentations macabres du corps féminin dans le bouddhisme japonais

Se détacher du monde, renoncer à la chair, cultiver la chasteté et le
célibat : le bouddhisme parti d'Inde et en route vers le Japon ambitionna
longtemps de propager une religion de célibataires. Ses doctrines et ses
enseignements mêlaient à une cosmologie complexe une déconstruction
avant la lettre de l'individu et de son corps. Le Japon tira le plus grand
parti de cette tradition de misogynie ascétique. Elle retrouvait sur un autre
terrain certaines des préoccupations de la société ancienne. Elle instaurait
un régime ambigu d'effroi et de fascination devant la chair corruptible ;
régime promis à une longue postérité. Ce livre est une exploration minutieuse
des textes doctrinaux, de la littérature religieuse et profane japonais
- éclairés par les enseignements fondateurs de l'Inde et de la Chine - afin
de suivre ces exercices macabres jusqu'au Japon de l'immédiat après-guerre.
L'histoire des représentations, dans sa lumière voilée , semble faire
des moines japonais les lointains préfigurateurs des exercices «athéologiques»
de Georges Bataille et de Hans Bellmer. Mais ces visions négatives
constituent également une clé pour comprendre certains modes spécifiques
de la relation au corps actifs aujourd'hui encore au Japon, notamment
en littérature et dans les arts visuels. Les chapitres de cette étude
proposent également une réflexion sur le bouddhisme, sur sa relation à
l'identité personnelle et sur sa mise à l'écart du féminin comme principe
d'inquiétante étrangeté.