L'envers de la fraude sociale : le scandale du non-recours aux droits sociaux

Le discours sur la «fraude sociale» a marqué le quinquennat
de Nicolas Sarkozy. Prétextant sauver la protection sociale des
assistés et des tricheurs, ce discours a répandu l'idée que les
droits économiques et sociaux se méritent et a inoculé une
suspicion à l'encontre de leurs bénéficiaires légitimes. En martelant
l'idée que le système est «fraudogène», il a prétendu que
les droits ne sont pas une obligation et que les prélèvements les
finançant ne sont pas un devoir, à l'inverse des principes qui
fondent le modèle social français.
Or, pour être juste et acceptable, la lutte contre la fraude doit
éviter l'amalgame et la division, et participer à une politique générale
d'accès aux droits sociaux. Car si la fraude à l'ensemble des
prestations sociales est estimée à 4 milliards d'euros par an, son
envers, à savoir le «non-recours» à ces aides de la part des très
nombreuses personnes qui y ont droit, est bien supérieur. Ainsi,
chaque année, 5,3 milliards d'euros de revenu de solidarité
active, 700 millions d'euros de couverture maladie universelle
complémentaire, 378 millions d'euros d'Aide à l'acquisition
d'une complémentaire santé, etc. ne sont pas versés à leurs
destinataires. C'est ce que démontre et interroge cet ouvrage,
exemples, faits et chiffres à l'appui.
Pour le collectif d'auteurs réuni ici, le nouveau gouvernement
doit s'occuper prioritairement du phénomène du non-recours,
car ce qui n'est pas dépensé n'est en rien une économie. Cela
signifie au contraire l'appauvrissement de bon nombre de ménages
et une perte de recettes pour la collectivité.