L'éternelle spectatrice

L'immense souffrance d'un père atteint dans sa chair.
Au détour de chaque phrase, de chaque mot, surgit la figure
énigmatique et attachante de sa fille atteinte d'une maladie
neuromusculaire qui la contraint à l'immobilité.
«Une tranche de vie, de petite vie de papa égoïste, blessé
pour toujours. [...] Je ne peux plus reprendre la plume, je ne
peux plus faire pleurer le stylo qui est pourtant bien plus
habile que mes paroles, mais c'est tellement dur de replonger
dans ce mauvais souvenir. J'ai l'impression de descendre
chaque fois dans un gouffre où le cauchemar se joue pour
toujours. Je descends au plus profond de cette mine de galères
et, quand je suis au fond, j'ai peur de ne plus pouvoir remonter,
j'ai peur qu'on m'enlève l'échelle.»
Au bout de l'échelle, pourtant, il n'y a pas que le témoignage
d'un père, chose déjà assez rare. Contrainte au rôle
d'éternelle spectatrice, la «petite princesse» vit dans la relation
de plus en plus passionnée qui l'attache à son père. Une
relation qui, à travers les crises, saura s'ouvrir et accueillir la
famille tout entière.
Sans pathos, avec toute l'ironie et l'emportement nécessaires,
Thierry Décloitre livre le premier texte autobiographique
d'un père démuni face à l'injustice du hasard et à la
souffrance de la maladie.