Dix ans dans les geôles de Sékou Touré ou La vérité du ministre

Rien ne sert mieux un chef d'État qu'une bonne image de marque. Surtout un
chef d'État africain soucieux d'incarner, tel Sékou Touré, président de la Guinée, la
force tranquille de l'indépendance bien tempérée. Autant dire que les exactions du
pouvoir bénéficient d'une extrême discrétion. À l'intérieur, mais aussi à l'extérieur,
vis-à-vis des nations nanties, auxquelles «des liens privilégiés l'unissent» et qui
savent, le cas échéant, fermer la bouche et les yeux.
Il est important que la vérité soit faite sur ce que fut, jusqu'à sa mort en 1984,
le gouvernement de Sékou Touré.
En 1971, Alpha-Abdoulaye Diallo est secrétaire d'État quand, avec quinze autres
membres du gouvernement, il est arrêté. Profitant de l'agression du Portugal envers
la Guinée, Sékou Touré entreprend un grand nettoyage de son gouvernement et
installe la terreur dans tout le pays, emprisonnant des milliers de citoyens. Treize
ministres seront immédiatement fusillés. Pour Alpha-Abdoulaye Diallo, c'est le
début d'une effroyable descente aux enfers de la cruauté humaine.
Détenu au camp Boiro avec d'autres innocents dont la seule faute est, par leur
existence même, de gêner un dictateur paranoïaque, il va connaître, pendant dix ans,
l'horreur de la mort lente, du sadisme, de la dégradation, allant des mascarades d'interrogatoires
en séances de torture, essayant de survivre dans d'indescriptibles
conditions.
Magnifique et terrible, ce témoignage prouve -il faut le répéter- que le goulag
existe sous toutes latitudes.