Poétique, n° 170

Le cinéma est à plus d'un titre un art des relations : un film ne peut être pleinement compris qu'en
tissant le lien avec ce qui le dépasse dans le registre de l'histoire des formes (genre, série,
reprise), dans celui de la pensée qu'il engendre chez le spectateur-philosophe (chacun de nous
dans nos bons moments), ou encore dans l'étude de la mise en contact d'aires culturelles
distinctes (la présence des Européens à Hollywood pour citer l'exemple le plus évident).
La poétique historique des films, la «cinéphilosophie» et l'approche du cinéma en termes de
transferts culturels apparaissent comme autant de chemins qui aident à explorer ce territoire
relationnel. Mais au sein même de ces approches, un film, un texte, un penseur, un cinéaste
insistent et franchissent des frontières décidément poreuses, donnant extension et valeur d'égide
au procédé filmique qui mêle et relie à la fois les images : le fondu enchaîné.
Ainsi font retour au long du livre les accords Blum-Byrnes, le film noir et la comédie américaine,
Stanley Cavell et Gilles Deleuze, Albert Laffay et le baudrier du roi dans La Veuve joyeuse
d'Ernst Lubitsch, Lettre d'une inconnue de Max Ophuls et Tout ce que le ciel permet de Douglas
Sirk, la cinéphilie française et le CinémaScope, Walden de Thoreau et l'expression «ça, c'est
du cinéma !», ce qui ne doit pas vraiment surprendre car, avec ces Fondus enchaînés , la
collection «Poétique» s'ouvre au septième art.