L'éloquence de la raison. Vol. 3. Logique et rhétorique selon Chaïm Perelman ou Le jugement partagé

Des trois volets de l'oeuvre de Chaïm Perelman - la philosophie du droit,
l'éthique et la logique - le troisième est le moins connu. Les précédents tomes de
L'éloquence de la raison ont mis l'accent sur les deux premiers. Il s'agit, à présent,
d'expliciter les conditions épistémologiques de possibilité de la nouvelle rhétorique,
conçue comme logique argumentative, non comme technologie persuasive.
Loin de contredire les lois du raisonnement théorique, le Traité de l'argumentation
(1958) vise à les compléter, afin de limiter l'arbitraire du jugement pratique.
Ce fil directeur traverse notre étude sur les terrains successifs : de la logique formelle / de la
logique juridique / de la méthodologie scientifique et de la philosophie du langage.
Nous y exposons le projet d'une conversion rhétorique de l'universalisme logique,
en accentuant sa dimension dialogique, au sens non "irénique" du terme.
Dans sa thèse sur Gottlob Frege, Perelman analyse les implications
philosophiques de l'antinomie du réalisme sémantique ou du formalisme
axiomatique, mathématiquement résolue par le théorème de Gödel. Mais c'est sa
discussion directe avec Georges Kalinowski, philosophe thomiste et théoricien de
la logique déontique, à propos de l'analyse du raisonnement juridique, qui éclaire
le mieux son propos. Quant à son dialogue intime avec la philosophie régressive
de Ferdinand Gonseth, qui culminera chez Willard Quine, le refus de sacrifier
le pluralisme de la justice à l'unification méthodique du savoir en constitue l'enjeu.
C'est pour évaluer les limites de ce jugement partagé que nous mettrons finalement
l'"auditoire universel" du discours philosophique à l'épreuve du "différend" selon
Jean-François Lyotard.
La question de la justice n'était pas, pour Perelman, seulement théorique.
Né à Varsovie en 1912, il a émigré en Belgique en 1925 : c'est là qu'il est devenu
docteur en droit (1934), puis en philosophie (1938), avant de s'engager contre
l'occupant nazi. Sa vie témoigne que le courage n'exclut pas la lucidité.