Ulysse, errant dans l'ébloui

Troisième volet d'un ensemble commencé avec Autoportrait
au suaire (2001) puis poursuivi avec Ce fragile aujourd'hui
(2007), Ulysse, errant dans l'ébloui est une figure de la
confrontation à l'«inguérissable» : Ulysse n'est plus ici l'individu
enfermé dans une situation de guerre, de conflit, ou
d'exil, il est l'homme des «grands cataclysmes intérieurs».
C'est de ses propres déchirures qu'il souffre, de son incapacité
à adhérer à sa vie, et la violence qu'il évoque est l'expression
d'un mal-être d'autant plus impossible à surmonter qu'il n'offre
aucune prise. Échoué et sans repères dans une existence
dont il ne comprend guère le sens, il est le survivant d'un naufrage
intérieur. De même que le Minotaure des contemporains
est devenu le monstre que Thésée porte en lui-même, la guerre
à laquelle se confronte l'Ulysse d'aujourd'hui est celle de cet
exil intérieur. Cet Ulysse-là ne peut lutter contre l'irrémédiable.
Il n'a d'autre vis-à-vis que lui-même et l'incompréhensible vacuité
de l'existence. Pas plus qu'aucun de ses prédécesseurs
dans le siècle, il ne tire de gloire de son parcours dans la débâcle,
mais il est au coeur même de ce qui les rassemble tous :
la fragilité de l'humain.
Myriam Watthee-Delmotte