Connaissance des Pères de l'Eglise, n° 124. Progresser dans le mystère de la foi : anthologie sur la mystagogie

«Les mots Mysterion, Mystagogia portent en langue
grecque des résonances d'une incomparable
richesse qu'ils tiennent tant de leur étymologie, de l'usage
qu'en fit la Grèce antique que de celles qu'ils ont reçues de
la tradition chrétienne à partir de l'enracinement biblique,
des perspectives ouvertes par les écrits pauliniens et de la
floraison patristique. Au départ, une onomatopée Mu , le
frémissement indistinct qui résonne depuis les profondeurs
de la gorge, mais aussi le mouvement presque imperceptible
des yeux qui se ferment, des lèvres qui se contractent,
signes de retrait, de silence, auxquels s'applique l'énigmatique
fragment d'Héraclite : "Le dieu dont l'oracle
est à Delphes ni n'affirme ni ne cache, mais suggère." La
nouveauté inouïe dont Paul se dit le messager, est que,
dans et par le Christ, ce qui jusqu'alors demeurait secret,
réservé à des initiés, est maintenant dévoilé, mais seulement
au travers des signes, car la pleine réalité n'est pas
encore manifeste. Et c'est là, précisément dans la tension
entre le déjà et le pas encore que se situe la différence
d'accent entre la tradition chrétienne la plus immédiatement
enracinée dans l'héritage hellénique et celles qui ont
plus directement puisé à une source de saveur quelque
peu différente. Tel est notamment le cas pour les Églises
d'expression syriaque. Le terme araméen Raza garde de
son origine iranienne et de l'usage qu'en faisait la langue
politique de l'Empire perse une certaine insistance sur le
caractère de secret en référence aux plus hauts intérêts
du royaume. En conséquence, l'accent est mis sur le pas
encore , alors que dans les cultures profondément hellénisées
on souligne le déjà , la présence - encore non manifestée
mais agissante - des réalités ultimes.»