Fakir : la quête d'un bâul musulman

L'Inde fourmille de mouvements sectaires : voici, au Bengale, celui des Fakir ou Bâul musulmans, un syncrétisme fort peu orthodoxe, mêlant à des substrats pré-aryens des éléments de tantrisme, de vishnouisme dévotionnel, de soufisme populaire. Ces Fakir sont infiniment moins connus en anthropologie et en musiques-du-monde que leurs confrères les Bâul hindous.
Leur chant aux textes cryptés en langage crépusculaire est vecteur de transmission énigmatique d'une voie ésotérique de réalisation de l'Homme : l'être humain qui, ici-bas et sans attendre un hypothétique paradis, se résorbe dans le principe divin, a acquis la Vie dans la vie. La voie Fakir a élaboré dans des conditions frustes - pauvreté et analphabétisme - une pensée complexe, indissociable de pratiques initiatiques à la réputation douteuse chez les bien-pensants : elles font un usage particulier, notamment en matière sexuelle, du corps des adeptes, seul lieu de Dieu, du corps de la femme, seul lieu où le soi peut accoucher du Soi.
Première tentative de synthèse en français sur une voie Bâul, cet ouvrage met en rapport les multiples niveaux pertinents pour appréhender une sotériologie populaire de ce type dans sa globalité et sa profondeur.