L'automne de l'imagination : splendeurs et misères de la représentation (XVIe-XXIe siècle)

Liminaires - Passages interculturels
Volume 23
Qu'admirait Narcisse dans l'eau de la source ? Une ombre ? son rerlet ? lui-même ? Toutes ces réponses sont justes : elles l'ont été, ou le sont devenues. L'évolution des mots choisis pour qualifier ce que regardait Narcisse est un signe, parmi d'autres, une évolution plus générale ; celle de la fonction de l'image en Occident. Le présent essai invite à réfléchir à cette évolution. On y analyse quelques temps forts qui ; entre le XVI<sup>e</sup> et le XXI<sup>e</sup> siècle, ont mené d'une image-icône, manifestant l'essence des choses, à une image « vraisemblable », figurant leur apparence. Une image que nous assimilons parfois au réel , et même au vrai , ce dont jouent les nouvelles technologies, avec la « 3D » ou la « réalité virtuelle », L'étude prend appui sur la représentation, l'architecture, les décors de théâtre, au XVI<sup>e</sup> au XXI<sup>e</sup> siècle, et part d'un fait oublié de l'histoire culturelle européenne : jusque dans les dernières décennies du XVII<sup>e</sup> siècle, l'arrivée en scène d'un personnage, ce que nous appelons son entrée , était conçue et désignée comme une sortie . L'analyse de cet étrange retournement de point de vue n'avait pas encore été menée. Elle offre des pistes pour éclairer le passage d'une image qui donnait à penser autant qu'à voir vers une image construite en fonction du point de vue humain, dont le modèle est le miroir : un modèle qui nous fait parfois négliger, ou omettre, les écarts à la fois nécessaires et inévitables entre une image, ce qu'elle représente et la vérité.