Epopée du Foûta-Djalon : la chute du Gâbou : version peule de Farba Ibrâhîma Ndiâla

Voici la première publication en peul/français du royaume de Gabou
affronté au royaume du Fouta. Il en existait d'autres versions, anciennes, en
mandinka/anglais éditées par le professeur Gordon Innés (London
University, SOAS, 1976) et des versions non publiées recueillies par Bakari
Sidibe (Centre de recherches de Banjul, 1980) et Mamadou Tangara
(Université de Limoges, 2007).
Les événements furent si tragiques qu'on en conserve la date : 1867. On
en connaissait l'existence certes, par des historiens la plupart africains :
Lancine Kaba, S. M. Cissoko, Tierno Diallo, D. T. Niane, Mamadou Mane et
B. Sidibe sont les principaux explorateurs des conflits de ces deux royaumes
et leurs travaux sont indispensables pour avoir un coup d'oeil objectif (?) et
exhaustif sur les causes, moyens, et protagonistes de cette guerre ultime qui
provoqua la chute du royaume mandingue avec la prise de Kansala, sa
capitale.
Mais voici la première épopée qui en offre la «vision peule», et même
si les principaux actes demeurent identiques, leur interprétation est bien
différente ! Mais peu importe si le récit est splendide, l'épopée est la poésie
de l'histoire.
Encore un mot pour le lecteur : le royaume de Gabou (15<sup>e</sup>-19<sup>e</sup> siècle)
comprenait le sud-est du Sénégal, l'est de la Guinée Bissao et le nord de la
Guinée Conakry. Outre l'agriculture, il vivait de la mer et du commerce.
Le Fouta Djalon commence aux reliefs montagneux du sud Sénégal et
comprend presque un tiers de la Guinée. Pour décrire cette région magnifique
nous vous conseillons la lecture du roman de Tierno Monembo : Le roi de
Kahel (Seuil, 2008, prix Renaudot), qui conte sa découverte par le vicomte
de Sanderval ; ledit Sanderval qui est aussi une des sources de Amadou Oury
Diallo.
Le Fouta était divisé en plusieurs seigneuries musulmanes dirigées par un
Almamy. Des féodaux en somme et dont l'hégémonie allait alternativement à
deux familles, qui s'unirent pour abattre le royaume de Gabou, voisin
turbulent et païen de surcroît.
La vision peule et musulmane transforme cette épopée dynastique en
épopée religieuse, et donc ici en djihad sous l'égide d'Allah et de son
prophète. Cela n'enlève rien à la virulence du texte et des sentiments.
Heureusement.
Lilyan Kesteloot