Les marchés de la biodiversité

Depuis la fin des années 1980, l'essor des biotechnologies et
l'extension des brevets sur le vivant ont laissé entrevoir des
possibilités d'utilisations lucratives des substances naturelles,
notamment dans les secteurs de la pharmacie, de la cosmétique, de
l'agroalimentaire... Pour concilier la conservation de la biodiversité
et les revendications des populations autochtones gardiennes de
ces ressources, la Convention sur la diversité biologique, signée
lors du Sommet de Rio en 1992, a préconisé l'institution de
marchés. Il s'agissait aussi d'en finir avec la biopiraterie et
d'assurer «le partage juste et équitable des avantages tirés de
l'exploitation des ressources génétiques».
Ces «marchés de la biodiversité», soutenus par la vague du
libéralisme économique, ont été l'objet de toutes les spéculations.
Mais au-delà du slogan, qu'en est-il aujourd'hui de la
marchandisation du vivant ? Comment se décline-t-elle du Nord
au Sud ? Le cadre juridique et politique de la Convention n'est-il
pas déjà dépassé par l'évolution des connaissances et des techniques,
et peu adapté à la complexité des situations observées ?
Pour répondre à ces questions, économistes, juristes, sociologues,
anthropologues et biochimistes apportent ici un éclairage
nouveau, documenté et critique, sur le modèle de conservation
de la biodiversité fondé sur son exploitation commerciale.