Modernités, n° 24. L'irressemblance : poésie et autobiographie

«La poésie personnelle a fait son temps de jongleries relatives
et de contorsions contingentes» écrit Ducasse dans ses
Poésies de 1870. De fait, la modernité littéraire s'est affirmée,
au tournant des années 1860-1870, comme refus de la poésie
personnelle - refus d'une première personne située et de ses
épanchements lyriques. Pour autant, cette dépersonnalisation
ne rompt pas complètement le lien référentiel au réel ; elle le
distend plutôt, le transforme, brouille les images, les rend irressemblantes
à elles-mêmes.
D'un autre côté, l'autobiographie ou le journal personnel
présentent, au long des XIX<sup>e</sup> et XX<sup>e</sup> siècles, divers glissements
vers la poésie. L'aveu autobiographique est régulièrement
pris en charge par une voix qui se rapproche de celle du sujet
lyrique, jusqu'à parfois se confondre quasiment avec elle tout
en conservant la référence explicite au vécu.
Reprenant le débat ouvert par Hugo Friedrich et Käte Hamburger
et s'appuyant sur les analyses critiques contemporaines
de l'autobiographie et du sujet lyrique, le présent volume s'attache
à tracer les perspectives théoriques et historiques d'une
analyse de la poésie qui dit et voile le je , et de l'autobiographie
qui dit l'instant vécu et s'en détache.