Ballade pour un jeune thérapeute

Un être n'a rien à dire "de l'autre", mais il peut
dire "à l'autre". Apercevoir un contenu en autrui, c'est
déjà le chosifier, c'est immobiliser son être en devenir.
Chaque rencontre est toujours nouvelle comme
sont toujours nouveaux les instants de la durée
bergsonienne.
L'essence même de la parole ne réside pas
initialement dans le pouvoir narratif mais dans
la réciprocité qu'elle établit par une invitation à
un approfondissement de la réflexion de chaque
interlocuteur.
Dans le domaine de la psychanalyse, il n'y a que
des vérités partielles et trop souvent partiales ; la seule
vérité est celle d'être dans la rencontre. Une véritable
rencontre est marquée par l'ouverture pour une
recherche où chacun est responsable de l'autre.
Charles Baudouin nous a dit, dans Christophe le
Passeur :
«E. - Fais ton métier de passeur... métier qui est plus
que tu ne le croyais, métier d'écouter et de répondre.
C. - Répondre ne signifie-t-il pas, bon gré mal gré,
instruire, enseigner ? Et qu'enseignerai-je ?
E. - A ta question, je répondrai à mon tour par une
autre question. Cela fut toujours la meilleure façon de
répondre. Je te demanderai en quoi, dans les quelques
instants que je viens de passer avec toi, je t'ai instruit.
C. - Tu m'as instruit par ton sourire et ta lumière.
E. - Ce ne sont pas tant les paroles et les doctrines
qui enseignent - autrement, ah ! combien l'humanité
serait depuis longtemps savante !
Mais c'est un ton, un sourire, une lumière, qui se
dégagent parfois, rarement, fugitivement, de quelques
doctrines ou mieux de certaines paroles singulières.»