L'île intérieure. Les yeux safran

On croit entendre un écho de Kafka
ou de Walser dans une simple phrase
comme celle-ci : «L'image du catafalque
imprimait à ma démarche une surprenante
légèreté.» L'espèce de bouffonnerie et de
dérision qui porte la narration se révèle
d'autant plus corrosive qu'elle s'exprime
sous des dehors plus retenus. L'écrivain se
rappelle en l'occurrence sa vieille éducation
luthérienne, fondement de sa «réserve
naturelle» et de sa «haine de la familiarité».
Des mois durant, le témoin rend visite
à la malade dans sa chambre d'hôpital,
où il observe son déclin progressif.
«Recroquevillée sous le drap blanchâtre, les
yeux vagues couleur safran, la respiration à
peine sifflante, maman se perdit dans la
poursuite éperdue des nuages aux longues
effilochures qui disparaissaient derrière le
cadre de la fenêtre comme avalées par une
bouche invisible.»
Jean Vuilleumier
(à propos de Les Yeux safran )