Langue française : de la défense à l'offensive

Bien des ouvrages ont été écrits ces dernières décennies sur l'état de notre langue
française, sa crise de (dé)croissance, voire les attaques de démence (sénile ?) qui la
sapent de toutes parts, l'engageant sur le chemin des langues moribondes en attendant
d'être mortes. Car abâtardir une langue n'est pas la faire vivre ; en l'occurrence,
cela se résume à la réduire en esclavage, rien d'autre. Ce sont des ouvrages
savants de linguistes, de grammairiens, d'enseignants et de chercheurs ; des spécialistes
sûrement, des amoureux toujours, de ce précieux capital reçu en héritage.
À quoi bon, alors, un énième livre pour dénoncer les dommages et les ravages, pour
déplorer, se morfondre ? À quoi bon en rajouter dans la critique si cela ne fait qu'accroître
le sentiment de désolation qui souvent nous saisit à l'écoute et, pire encore,
à la lecture - si d'aventure ils se risquent à écrire - d'une bonne majorité de nos
concitoyens ? Eh bien ! il est bon d'en rajouter quand on fait oeuvre utile et concrète.
Quand on ouvre des voies à la reconstruction, ou, a minima, que l'on propose des méthodes
propres à enrayer la dégringolade.
C'est l'objectif que s'est fixé Claude Camille Cornilleau, abordant les choses non
pas seulement sous l'angle de la philosophie et de l'histoire, mais du pragmatisme
et de la technique. Cette somme, car c'en est une, est d'abord une étude philologique,
donc sociologique, du franglais comme il se parle et, en l'espèce, du rôle éminemment
prescripteur des médias - presse écrite, parlée, radio et surtout télévision - qui sont,
plus que n'importe quelle autre institution, ceux qui «dictent l'usage». C'est un ouvrage
plus documenté qu'aucun autre en raison de la profession de son auteur (traducteur
anglais-français), ce qui donne à sa parole un poids particulier dans le
domaine qu'il explore ici. On ne sache pas, pour citer un exemple, qu'un autre que
lui ait ainsi pointé le rôle de la langue dans la crise économique dite des «subprimes».