Droit et cultures, n° 66. Espaces des politiques mémorielles : enjeux de mémoire

Les exemples commémoratifs sont pléthore depuis que le politique s'est
emparé de l'histoire. Il nous a paru intéressant de mesurer ce que cette
symbolique commémorative, ces «lieux de mémoire» créés de toutes
pièces, les dates choisies arbitrairement ou non par un appareil d'État, en
d'autres termes toute cette «scénographie législative» pouvait signifier
pour modeler notre compréhension de l'histoire et orienter notre avenir.
En effet, par l'obligation au silence et à l'oubli ou l'incitation dirigée au
souvenir, s'agit-il d'assumer un héritage ou de baliser un avenir commun ?
Après des épisodes de violence qui ont parfois duré des décennies, comment
concilier la question des responsabilités et d'éventuelles réparations
et celle si douloureuse du pardon et de la réconciliation ? C'est toutes ces
problématiques et d'autres plus spécifiques que vont tenter d'analyser les
contributeurs à ce dossier qui est loin de proposer un panorama exhaustif
des politiques mémorielles.
Ces processus mémoriels montrent tous un caractère opportuniste qui
va, selon le lieu, le moment et les forces en présence, privilégier les non-dits
ou les interprétations fragmentées de l'histoire afin d'orienter vers
une reconnaissance pour les «victimes» d'une identité locale ou au sein
d'une nation et une appartenance (même à défaut de réparation), vers un
semblant de cohésion nationale et l'espérance d'un «revivre ensemble» en
occultant les différences culturelles, ethniques et linguistiques qui pourraient
mettre l'appareil étatique en danger.
Ce numéro thématique de Droit et Cultures a pour ambition, dans une
perspective internationale et interdisciplinaire, de dessiner ces espaces des
politiques mémorielles et d'en décrypter les enjeux.