Cahiers Saint-John Perse. Vol. 18. Une lecture de Vents de Saint-John Perse

Cahiers Saint-John Perse. Vol. 18. Une lecture de Vents de Saint-John Perse

Cahiers Saint-John Perse. Vol. 18. Une lecture de Vents de Saint-John Perse
Éditeur: Gallimard
2006261 pagesISBN 9782070782840
Format: BrochéLangue : Français

Saint-John Perse a composé Vents pendant l'été 1945, alors qu'il séjournait,

comme chaque été, sur une petite île du Maine (États-Unis). C'était le sixième

été de l'exil, depuis que, au mois de juin 1940, Alexis Leger, le diplomate, avait

été relevé de ses fonctions de Secrétaire général du Quai d'Orsay par Paul

Reynaud. Du fond du silence et de la solitude, l'appel de la poésie s'était à

nouveau fait entendre, elle qui avait été laissée en retrait depuis Anabase. Et avec

le recueil, d'abord intitulé Quatre poèmes - 1941-1944 , puis Exil , un cycle s'était

clos. Celui de l'exil politique : la libération de la France occupée pouvait laisser

légitimement prétendre à une réhabilitation du proscrit. Celui de l'exil poétique :

Perse avait appris le sacrifice du passé et le dialogue imaginaire avec les gens de

peu, sur les chantiers et les cales désertées par la foule, après le lancement d'une

grande coque de trois ans. Le thème n'était bientôt plus de circonstance.

Or, dans les mois qui précédèrent Vents , Saint-John Perse se trouva face à

un dilemme majeur : il allait falloir choisir entre la reprise de la vie publique

du haut fonctionnaire - mais quelle serait-elle ? - et la construction d'une

grande oeuvre poétique - mais serait-elle entendue ? On sera peut-être surpris

d'apprendre que c'est le poète qu'il avait eu l'intention durant l'été 1944

d'étrangler, devenu trop inopportun pour la préparation pratique à une vie nouvelle

(lettre à Mrs Francis Biddle). Vents est donc le résultat inattendu d'une crise du

renoncement, aussi grave que la nuit de Gênes pour Valéry.

Finalement, Saint-John Perse a voulu demeurer chez ses amis américains,

quitte à s'installer dans une posture fictive d'exilé. Dans son poème, il traverse

les États-Unis, à cheval, d'Est en Ouest. Aurait-il tourné le dos à la vieille

Europe blessée et renoncé à y faire entendre sa voix ? Ou bien, serait-ce que la

hauteur de sa monture et la distance de l'Atlantique fussent les seuls lieux d'où il

réussissait à parler aux hommes de son pays ?

Poussé en avant par la force des vents, par le rythme entraînant du verset et les

rebonds inouïs des images, le lecteur n'a pas toujours conscience du drame qui

se joue dans Vents : les destinataires ardemment sollicités y sont absents.

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